Les Samadhi du Samedi | Ep.57

Les Samadhi du Samedi | Ep.57

Les Samadhi du Samedi – LE MEKTOUB

Une fable arabe relate comment un marchand sur la route de Bagdad croisa la Peste et lui demanda : Peste, où vas-tu ?
Je vais à Bagdad pour tuer 500 personnes lui répondit la Peste.
Quelques jours plus tard, à la sortie de la ville, la rencontrant à nouveau, le marchand s’exclame, «Peste, pourquoi m’as-tu menti, tu m’avais dit que tu devais tuer 500 personnes et tu en as tué 5000.»
 
Effectivement, lui répondit la Peste, j’en ai tué 500 mais les autres sont mortes de Peur.
Face à la propagation du Covid-19 il est intéressant d’analyser les commentaires que suscitent sur les réseaux les réactions de la population, en fonction de leur histoire et leur culture.
Certains journalistes critiquent acerbement les personnes qui se sont précipitées pour s’approvisionner de denrées de première nécessité.
 
Alors qu’il est surprenant de voir la résignation silencieuse avec laquelle les peuples andins acceptent, depuis des décennies, la mort d’un enfant faute de soins, l’avalanche qui engloutit les maisons, l’autobus que le chauffeur endormi fait chavirer dans le précipice, l’incendie qui embrase un quartier sans eau, cet inhabituel réflexe de prévention laisse plutôt supposer que, dans les zones urbaines, la population cherche à prendre son destin en mains, sans attendre les réponses tardives ou inexistantes des autorités.
 
A contrario des populations qui acceptent avec soumission les épreuves et injustices sous prétexte que le «Mektoub» c’est à dire le destin est écrit et immutable, les personnes dont l’hippocampe fonctionne normalement acquièrent une mémoire épisodique qui leur permet d’agir de façon préventive en fonction des informations enregistrées à partir de leur expérience.
 
La meilleure preuve de la mémoire transgénérationnelle est l’habitude acquise par les populations soumises à de nombreux épisodes de guerre et de famine qui se manifeste parmi leurs descendants qui, même en temps de paix, continuent d’accumuler des provisions alimentaires.
 
Entre l’improvisation, le manque de prévention, l’imprévoyance de l´Etat et des institutions, la sagesse populaire n’est elle pas en train de chercher un sens à cette épreuve qui atteint l’humanité entière pour nos rappeler la fragilité de nos certitudes, la vulnérabilité de nos relations, nos espaces, la relativité de nos objectifs de vie ?
 
La nature qui n’a peur de rien, nous pose un défi, nous immobilise en paralysant nos actions, nos mouvements, en ramenant les enfants auprès de leurs parents, en vidant nos villes et nos avions du fourmillement où nous cherchions à trouver la joie de vivre.
 
Le temps, cet or insaisissable qui s’échappait entre nos doigts revient brusquement pour nous demander et aussi nous offrir des réponses aux questions que nous évitions de nous poser.
 
Marie-France Cathelat
14 Mars 2020

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