Les Samadhi du Samedi | Ep.65

Les Samadhi du Samedi | Ep.65

Les Samadhi du Samedi – Montaigne disait que

Montaigne disait que «les femmes n’ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles» (*)
 
La pandémie qui heurte le monde de plein fouet nous interpelle d’autant plus sur les possibilités de reconnaissance mutuelle entre les hommes et les femmes que nous sommes à la veille de la Fête des mères dans la plupart des pays. Cette date est le jour de l’année choisi pour nier l’ampleur de l’envie et des sentiments de dénigration, de mépris et aussi d’idéalisation de la femme qui habitent nos sociétés.
 
Les théories psychanalytiques coïncident actuellement pour situer la conscience de l’identité de genre dans la deuxième année de vie. La séparation sociale entre les sphères publiques et privées, les processus d’interaction dépersonnalisés, abscons, formels, légaux et leurs objectifs abstraits consolident les différences que l’enfant, devenu adulte, constate dans les sociétés que l’homme a créées et dominées.
 
C’est cette culture dépersonnalisée du désenchantement dans laquelle les valeurs essentielles ne sont plus partagées par l’ensemble de la collectivité que le confinement nous permet de remettre en cause et de relancer sur d’autres paramètres. La domination ne reposant plus de nos jours sur une autorité personnelle et patriarcale mais sur un système en apparence asexuée d’administration bureaucratique de la vie, nous avions cru que le bien-être et l’utilité économique nous conduisaient ,tous genres mélangés, vers le bonheur.
 
Ce diagnostic n’interprétait pas vraiment l’érosion des valeurs traditionnellement attribuées au féminin ni l’évidence que l’auto-suffisance qui gouvernait le monde masculin détruisait la nature et saccageait l’environnement en assujettissant toute notre humanité aux biens matériels qu’elle produisait.
 
Dans un système social qui produit en un an 17.182 viols (dont 3 sur 4 de jeunes mineures ) 51% dans la capitale et 60% au sein même du foyer familial, (**) il est temps de comprendre que l’équilibre et la complémentarité entre hommes et femmes ne dépend pas du revenu annuel ni de la production mais de la santé affective et mentale, de l’éducation et du respect de l’autre.
 
Non, Maman n’a pas besoin de fleurs, de poulet rôti ni de l’achat d’un mixer pour se sentir aimée, ni pour aimer.
Pour donner sens à sa vie, l’être humain, quelque soit ses choix sexuels, n’a t’il pas, avant tout, besoin d’avoir été désiré, nourri, bercé, protégé, regardé, admiré et encouragé à la réflexion, l’observation, l’auto-critique ?
 
Mais l’enfant qui ne s’est jamais senti aimé, l’enfant maltraité, battu comment pourrait-il créer la représentation d’un bonheur quíl n’a jamais connu ? comment pourrait-il aimer à son tour et donner ce qu’il n’a pas reçu ?
 
(*) Montaigne Essais, III, 5
(**) Source : INEI 23 novembre 2018

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