Les Samadhi du Samedi | Ep.53

Les Samadhi du Samedi | Ep.53

Les Samadhi du Samedi – « HOMO INTERNETUS »

Une récente réflexion de Gustavo Buntix à propos de l´intelligence artificielle et ses conséquences sur la condition humaine m´interroge, à partir de l´approche psychanalytique du numérique, à propos de l´influence des nouvelles technologies sur le langage, donc sur l´être humain, son inconscient et la construction de son identité comme sujet.
 
La génération inscrite dans la culture numérique et totalement habile dans son utilisation est-elle en danger de se transformer en marionnettes de l´Égo ? La révolution digitale qui a fait voler en éclats les frontières géographiques et sociales nous confère des capacités d´ubiquité, une illusion de toute puissance, un rôle de metteur en scène de notre réalité qui, au lieu de nous permettre le recul que suggère l´auto- réflexion bouddhiste, semble inciter un grand nombre d´utilisateurs à scénariser leur vie, supprimer ce qui gêne, retracer les contours de nos vies et nos visages grâce à Photoshop et Pic Studio pour « imaginer », et se « représenter »au sens vrai du terme, des corps, des relations, des vies de rêve.
 
L´intelligence artificielle s´empare de nos fonctions cognitives et nous emprisonne dans la dictature de la dépendance au regard et à l´approbation des autres. Il est vrai aussi que les nouvelles technologies nous permettent l´accès à un nombre prodigieux de data et une quantité d´information qui, bien gérée et bien choisie peut être extraordinairement utile. Il est vrai aussi que la médiation du numérique peut rendre une situation moins anxiogène entre deux sujets lorsque les corps ne sont pas en présence. D´où le goût et parfois l´addiction qu´ un grand nombre de joueurs instaurent dans leur relation avec leur « avatar » ou double numérique.
 
Mais les chercheurs qui parlent d´épidémie silencieuse nous alertent sur le fait que les connections tous azimuts perturbent nos relations. « L´autre » n´est plus que partiellement l´objet de notre attention : notre écoute capte de façon sélective, partielle, distraite, les mots et le contexte qui les portent, puisque nous avons une oreille et un œil branchés sur nos écrans.
 
Comme nous le prouve la psychanalyse, c´est à partir du Surmoi que nous pouvons envisager d´entrer en résonance avec les observations de l´anthropologie et la sociologie. Ce sont les valeurs et les diktats de la société qui régissent le sujet, au-delà même des pulsions du « Ça » ou des stratégies du Moi.
 
La question semble donc : Puisque les valeurs déterminantes qui construisent le Surmoi du sujet sont celles qu´il intériorise à partir de son environnement social, à partir des principes retransmis par ses aînés, son entourage, sa culture, quelles sont les valeurs qui régissent la société que nous sommes en train de construire ?
 
L´ère des « assistants vocaux » qui s´étend partout dans le monde à l´administration publique, le système financier et commercial, avec son cortège de difficultés pour certains mais la réduction de déplacements et d´emplois sans intérêt, va t´elle aussi devenir celle des « baby sitters » robotiques pour des enfants dépendants d´objets sans résonance émotionnelle ? La privation d´échanges avec des interlocuteurs humains réduit la motricité corporelle de l´enfant, sa capacité de concentration sur une tâche, son apprentissage de l´utilisation des mains pour la préhension, les mimiques et le langage corporel. En d´autres mots : ce qui permet aux petits de l´homme de devenir vraiment humains.
 
Marie-France Cathelat Lima , 7 Février 2020

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