Les Jeudis de Julia – La Cocaïne au Pérou 4/4

Les Jeudis de Julia – La Cocaïne au Pérou 4/4

Une situation actuelle compliquée, avec de lourdes conséquences sur la société civile

Dans le marché de feuilles de coca actuel au Pérou, 3 types de commercialisation opèrent parallèlement (de façon formelle, informelle et illicite), principalement orientée vers 2 fins spécifiques : le trafic de drogue et la consommation traditionnelle.
 
L’entreprise nationale péruvienne ENACO (Empresa Nacional de la Coca) est en charge de la commercialisation formelle à travers de ses agents et agences autorisées. L’entreprise a la responsabilité d’organiser et de contrôler l’offre et la demande des feuilles de coca, garder les cultivateurs inscrits sur les listes nationales, et régulariser la commercialisation des feuilles. La commercialisation informelle regroupe les agents et les agences non-autorisés, c’est-à-dire les contrebandiers, qui spéculent avec le produit afin de trouver le meilleur acheteur possible. Enfin, le commerce illégal représente tout ce qui est le trafic de drogue, pour lequel les feuilles de coca sont transformées en drogues. Il est estimé qu’environ 375 kilos de feuilles de coca sont nécessaires à la production d’un kilo de chlorhydrate de cocaïne. En 2016, 96 960 tonnes furent destinées au commerce illicite, ce qui équivaut potentiellement à 259 tonnes de chlorhydrate de cocaïne, supposant que tout ait été transformé en drogues.
 
Jeudis de Julia - UFE Pérou
 
La production de feuilles de coca a fait du Pérou le pays (en première place étroite avec la Colombie) avec la plus grande production de cocaïne. Cette importante production de cocaïne a permis d’enrichir les narcotrafiquants au dépourvu des enfants, des femmes et des hommes vivants et travaillant dans les zones de plantations de feuilles de coca, telles que VRAEM. Aujourd’hui, 50 000 familles au Pérou sont impliquées dans les plantations de feuilles de coca, et donc en contact direct avec le trafic de drogues. La production de cocaïne et tout ce qu’elle implique au Pérou impacte négativement la société civile, que ce soit d’un point de vu socio-économique, politique ou environnemental. Selon le ministère de l’environnement, de 2001 à 2016, le Pérou a connu une perte de 1 974 208 hectares de forêt, et encore plus dans les vallées où se situe les plantations de feuilles de coca. De plus, la production de cocaïne nécessite des produits agro-chimiques et des fertilisants, ce qui a pour conséquence une forte dégradation des sols et la contamination des eaux. Tout ceci affecte la biodiversité, les systèmes écologiques, ainsi que la santé des individus.
 
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« Le trafic illicite de drogues dans le Pérou constitue une menace sérieuse pour le pays. (…) [Il] a affecté la gouvernance, l’État de droit, la sécurité démocratique (…) et a généré une situation de corruption institutionnelle. »

 
La production de feuilles de coca et des dérivants de la cocaïne est fortement associée à une série de problèmes sociaux au Pérou, et affecte fortement, et négativement, les économies locales. Les entreprises de narcotrafic s’associent à des firmes et des cartels internationaux, le tout dans un climat de hautes violences sociales et de forte corruption.
L’organisme public DEVIDA (Comisión Nacional para el Desarrollo y Vida sin Drogas) reporte que la population pénale pour trafic illicite de drogue a plus que doublé ces dernières années, passant notamment de 11 065 personnes en 2010 à 19 700 en 2012, soit une augmentation d’environ 78%. Il y a donc une réelle croissance du nombre de personnes impliquées directement dans le trafic de drogues, que ce soit au niveau de la production ou de la distribution. Malheureusement, les personnes concernées sont généralement des individus vivant dans des conditions précaires, peu éduqués, et n’ayant pas d’autre alternatives. Les narcotrafiquants exploitent des mineurs, les utilisent et les initient au crime organisé, tout comme ils exploitent les femmes, en les initiant à la prostitution.
 
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Ces familles impliquées dans les plantations de feuilles de coca sont souvent laissées à elles-mêmes, et s’associent au commerce illicite par nécessité plus que par choix. L’entreprise ENACO, par exemple, est en charge d’acheter 11 000 tonnes de feuilles de coca, mais réussie à peine ces derniers temps à en acheter 2 000 tonnes. Les blocages et les grèves qui ont mouvementé les voyages au Machu Picchu de certains touristes sont justement en lien avec ce problème. Les cultivateurs de feuilles de cocas manifestaient pour deux raisons : demander une augmentation des prix de vente à l’entreprise ENACO, ainsi que pour protester contre l’éradication des plantations de feuilles de coca que l’État péruvien souhaite entreprendre.
 
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« Il est impossible pour le moment de conduire de réelles politiques, car le gouvernement péruvien est faible » explique Madame Masias-Claux. Elle explique que CEDRO travaille avec les cultivateurs de différentes régions, notamment de VRAEM, en essayant de leur trouver une activité alternative à long terme. Toutefois, cela reste difficile, car la plupart des produits agricoles mettent beaucoup de temps avant de pouvoir donner un réel rendement : le café par exemple n’est pas rentable avant 3 ans. L’organisation et sa co-présidente ne baissent pourtant pas les bras, et travaillent dur, dans divers secteurs, afin de donner une meilleure option aux 50 000 familles impliquées dans les plantations de feuilles de coca.
 

« Au Pérou, on ne s’ennuie jamais ! » – Carmen Masias-Claux

 
CEDRO encourage notamment les sociétés consommatrices à s’impliquer dans le problème, et parle de « responsabilité partagée ». En effet, 70% de la cocaïne captée par les contrôles avant exportation est destinée à l’Europe, plus grande consommatrice de la cocaïne péruvienne. Il est temps et nécessaire que chacun et chacune prenne sa part de responsabilité, et aide à contrer ce problème majeur qui détruit la vie de nombreux Péruviens, et endommage ce magnifique pays.
 
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Julia Natri

À propos de Julia Natri

Jeune étudiante européenne actuellement en échange universitaire au Pérou. Pourquoi européenne ? Parce que j’ai eu la chance de naitre dans une famille plutôt internationale : ma mère est franco-italienne, mon père finnois, et je suis moi-même née en Suède, à Stockholm, où j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans, avant de déménager à Dijon pour y faire mes études.

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