Les Jeudis de Julia – La Cocaïne au Pérou 3/4

Les Jeudis de Julia – La Cocaïne au Pérou 3/4

La prise de contrôle progressive des zones de plantation de feuilles de coca par les narcotrafiquants

La «Convención Única de Estupefacientes» de 1961 marque l’illégalité et la criminalisation de la cocaïne et de sa commercialisation. C’est pourquoi, à partir des années 1960, les plantations de feuilles de coca commencent à s’implémenter dans des zones difficiles d’accès, notamment dans diverses zones de la forêt tropicale, afin de compliquer le contrôle et la régularisation. Dans la décennie qui suit, l’expansion des champs de feuilles de coca est extrêmement rapide : c’est ce que l’on appelle le « boom de coca ». Les cartels colombiens s’approprient le commerce illicite, commencent à produire du clorhidrite de cocaïne, et le trafic de drogue s’installe dans de nouvelles zones, notamment dans celles de VRAEM.
 
Jeudis de Julia - UFE Pérou
 
Dans les années 1980, le Pérou entre dans une période difficile de son histoire : le terrorisme est de plus en plus important dans de nombreuses zones, notamment à travers l’organisation Sendero Luminoso (Sentiers Lumineux) qui tente de prendre le pouvoir par la force. Dans les zones andines du Pérou, les plantations de feuilles de coca commencent à être bien implémentées, et la production de pâte basique de cocaïne bien consolidée. Cela attire les groupes terroristes, qui s’installent dans ces zones afin de développer des fonds pour leurs activités politiques, et passent un accord de non-agression avec les narcotrafiquants : ils peuvent agir et opérer librement dans les zones de plantation, tant qu’ils fournissent des armes et de l’argent aux narcotrafiquants. Plus tard, lorsque le groupe Sendero Luminoso est détruit dans les années 1990, les quelques centaines d’individus restant de l’organisation se réfugient dans les zones de plantations et de productions de drogue dans les Hautes Andes afin de s’allier avec les narcotrafiquants. Dans le même temps, tandis que la destruction progressive des pistes d’atterrissage clandestines marque un grand coup au trafic de drogue, de nouveaux canaux de transports sont créés afin de lier les zones de production et les villes, où se trouvent les divers produits chimiques nécessaires à la création de drogues. Grâce à la corruption des agents en charge du contrôle des transports, des produits comme le kérosène ou l’acide sulfurique sont incorporés à l’industrie d’élaboration de drogues à travers de voies et de routes alternatives.
 

 
Ainsi, les groupes armés se sont intéressés en priorité aux zones en retrait et difficiles d’accès. De plus, un niveau de pauvreté élevé, de faibles opportunités, le peu d’infrastructures sociales, et des liaisons quasi-inexistantes avec d’autres villes impliquent une présence étatique très limitée, ce qui à son tour a rendu diverses zones idéales pour le trafic de drogue. Dans la zone de VRAEM en particulier, l’inactivité et la faible présence de l’État durant des années créa d’excellentes opportunités aux organisations terroristes qui s’y installèrent.
 
Au fil des années, ces groupes terroristes mutèrent et devinrent des organisateurs à part entière du trafic de drogues au Pérou. Ils créèrent de nouvelles alliances stratégiques pour se protéger de l’action de l’État et garantir leur développement. Ces organisations sont parfois comparées aux FARCS colombiennes. Aujourd’hui, les zones de plantation de feuilles de coca et de production de cocaïne sont devenues complétement incontrôlables, ne laissant aucun choix aux familles y vivant, obligées à participer d’une façon ou d’une autre à ces organisations et à leurs activités illégales
 

La semaine Prochaine

Une situation actuelle compliquée, avec de lourdes conséquences sur la société civile
 

Julia Natri

À propos de Julia Natri

Jeune étudiante européenne actuellement en échange universitaire au Pérou. Pourquoi européenne ? Parce que j’ai eu la chance de naitre dans une famille plutôt internationale : ma mère est franco-italienne, mon père finnois, et je suis moi-même née en Suède, à Stockholm, où j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans, avant de déménager à Dijon pour y faire mes études.

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