Les Jeudis de Julia – La Cocaïne au Pérou 2/4

Les Jeudis de Julia – La Cocaïne au Pérou 2/4

Les feuilles de coca, plantes sacrées et énergisantes depuis des millénaires

Historiquement, au Pérou, il existe une étroite relation entre l’Homme des Andes, le travail, et les feuilles de coca. Les experts estiment que celles-ci se consommaient dans les Andes déjà à partir des année 5 000 av J.C. Au Pérou, les Incas, tout comme leurs prédécesseurs, les utilisaient comme plante sacrée dans des rituels et des célébrations, ainsi que comme analgésique et énergisant pour les tâches agricoles. En effet, les feuilles de coca ont la capacité de diminuer la faim, le froid, et l’épuisement physique durant une journée de labeur dans les champs ou dans les mines, et permettent également d’aider contre le mal d’altitude. Ainsi, elles ont depuis longtemps été implémentées dans la médecine folklorique, et continuent à être utilisé dans la médecine traditionnelle au Pérou et en Bolivie, notamment car elles servent de stimulant nerveux et ont des propriétés cicatrisantes et antiseptiques dues à l’action des tanins.
 
Jeudis de Julia - UFE Pérou
 
Avant le milieu du 19ème siècle, les feuilles de cocas n’étaient pas du tout consommées en dehors des Amériques puisque le transport compliqué impliquait d’importantes pertes de leurs principes actifs. Ce n’est qu’à partir de 1859, lorsqu’Albert Niemann, chimiste et pharmacien allemand, réussit à isoler la cocaïne des feuilles de cocas, que l’exportation de celles-ci vers d’autres continents devint envisageable. Bien plus tard, dans les années 1970, suite à l’augmentation des plantations de feuilles de coca dans des pays comme la Colombie, la Bolivie et le Pérou, le commerce mondial de cocaïne connait une croissance, avec des exportations à grande échelle vers l’Europe Occidentale et les États-Unis.
 
La cocaïne est un alcaloïde agissant de manière anesthésique sur le système nerveux périphérique, et un puissant stimulant du système nerveux central. Elle est extraite des feuilles de la plante erithroxylon de coca, originaire de la région des Andes. Les feuilles de coca asséchées sont mélangées à du gasoil ou du kérosène, des bases alcalines, du permanganate de potassium et de l’acide sulfurique, afin d’obtenir du PBC (« pâte de coca »), plus communément connu sous le nom de « crack ». La PBC peut ensuite être traitée avec de l’acide chlorhydrique et d’autres substances afin de donner du chlorhydrate de cocaïne.
 
Jeudis de Julia - UFE Pérou
 
Aujourd’hui encore, les feuilles de cocas sont légales et mastiquées par les paysans et les Péruviens vivant dans les montagnes, pour lutter contre la faim, la fatigue et le mal d’altitude. Elles sont également utilisées parfois comme médicament contre les problèmes gastro-intestinaux et autres. La cocaïne quant à elle, est un médicament légalement contrôlé, et son utilisation en tant que médicament pharmaceutique est régulé par la DIGEMID (Dirección General de Medicamentos, Insumos y Droguas) dépendante du ministère de la Santé. Cela fait maintenant plusieurs années que l’utilisation ancestrale et traditionnelle des feuilles de coca a été déformée au Pérou : de nos jours, la valeur des feuilles de coca repose principalement sur leur capacité à produire des drogues à base de cocaïne.
 
En 2003, une enquête nationale réalisée par INEI-DEVIDA auprès des ménages montre que 8% de la production totale de feuilles de coca (8 800 tonnes) est destinée à la consommation traditionnelle, tandis que moins de 1% à l’utilisation industrielle (production de filtres, d’arômes et de sodas) et à l’industrie chimique-pharmaceutique. Ainsi, en 2003, uniquement 9% de la production totale de feuilles de coca était utilisée à des fins légales, tandis que les 91% restants étaient utilisés dans le trafic de drogue. Parallèlement, la superficie des plantations de feuilles de coca augmente elle aussi : de 2000 à 2011, la superficie des cultivations de feuilles de coca passe de 43 400 à 62 500 hectares, soit une augmentation de 44% ! À partir de 2012, une légère tendance de diminution peut être observée, et aujourd’hui, la superficie de plantations de feuilles de coca au Pérou est à 60 400 hectares, ce qui équivaut à 3,4% de moins par rapport à 2012.
 
Jeudis de Julia - UFE Pérou
 

La semaine Prochaine

La prise de contrôle progressive des zones de plantation de feuilles de coca par les narcotrafiquants
 

Julia Natri

À propos de Julia Natri

Jeune étudiante européenne actuellement en échange universitaire au Pérou. Pourquoi européenne ? Parce que j’ai eu la chance de naitre dans une famille plutôt internationale : ma mère est franco-italienne, mon père finnois, et je suis moi-même née en Suède, à Stockholm, où j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans, avant de déménager à Dijon pour y faire mes études.

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